CORRESPONDANCE UNITARIENNE    juillet 2005

Le christianisme unitarien

Actualités
unitariennes


n° 45

"Aujourd'hui, ne faudrait-il pas réhabiliter nos païens des Saintes Ecritures ?
Simon le magicien (Actes 8 : 9-25), la pythie de Philippes (Actes 16, 11-24) et bien d'autres ?
Suivons nous, comme partisans, la sentence des premiers chrétiens à leur égard,
sans penser une seconde qu'un procès historique est toujours susceptible de révision ?
Etre chrétien n'est-ce pas d'abord reconnaître l'identité profonde de l'autre?
comme Jésus le fait pour chacun d'entre nous …"
Jean-Claude Barbier, secrétaire général de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU)

Le christianisme unitarien
premières impressions d'un catholique congolais,
Thierry Maguessa Ebome, sociologue

En août 2004, Alain Patrice Yengué adressa une demande d'information à l'International Council of Unitarians and Universalists (ICUU). Le réseau francophone "Correspondance unitarienne" répondit à cet appel et les échanges se firent par Internet et la poste. Après une réunion en décembre dernier où le groupe expliqua à un auditoire plutôt sceptique que le christianisme, dans sa version unitarienne, n'était nullement contre les religions coutumières, un premier "partage de la parole, du pain et du vin" vient d'avoir lieu ce dimanche 29 mai réunissant voisins et amis, chrétiens et autres croyants. Le "Cahiers Michel Servet" n° 1, publié en octobre 2004, que nous avions consacré au "culte chrétien de maison" à partir des célébrations entre chrétiens libres qui eurent lieu en France cette année, à Paris, Nancy et Bordeaux, servit de modèle pour cette première célébration, laquelle a réuni pas moins de 28 personnes, dont plusieurs non-croyants.. La toute jeune communauté s'est constituée en une Assemblée des chrétiens unitariens du Congo (ACUC) et a adopté les statuts de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU), avec laquelle elle est en partenariat. Thierry Maguessa Ebome, sociologue congolais et catholique, assista à cette célébration. Il tint à prononcer l'allocution suivante, traduite en lingala, la langue autochtone de Brazzaville.

Chers Amis de l'Assemblée des chrétiens unitariens du Congo.

Par le truchement d'un ami qui, dans une certaine mesure, nous unit tous - c'est le nom de Jésus - ,j'aimerais très fraternellement vous saluer.

Pour beaucoup d'entre vous, ma présence ici est étrangère. C'est pourquoi, il est convenable que je me fasse connaître. Je suis Thierry Maguessa Ebome, catholique de nature et d'hérédité. Mes grands parents, analphabètes étaient convertis au catholicisme alors qu'ils étaient déjà sexagénaires et forcés d'abandonner la religion de leurs ancêtres. Peu après leur conversion, ils disaient avec une aisance surprenante des prières en latin comme s'ils avaient été des spécialistes de la philologie de cette langue; de même pour mes parents. En conséquence, moi, en naissant, le sang catholique circulait dans mes veines et il continue vivement à le faire !

Je me retrouve dans cette situation malgré moi. Ce qui est, à n'en point douter, le cas pour la plupart de nos concitoyens, sans doute aussi pour nos congénères Noirs d'Afrique. Je demeurerais peut-être catholique à jamais. Si j'avais vu le jour au Proche ou au Moyen Orient, avec une peau frisant le blanc, j'aurais certainement pas trop de chance d'être catholique, même pas d'être chrétien. Je me retrouverais sans doute dans la même situation si j'étais citoyen indien de l'Inde ou chinois de la Chine, avec une peau jaune. J'en déduis que les religions sont les filles des géographies et des races. Et le plus ridicule, c'est que nous accordons tous nos violons pour affirmer que Dieu est unique et omniprésent. Cependant, je ne m'arrêtais jamais de me questionner sur pourquoi nous continuons à parler des religions plutôt que d'une religion.

Mon questionnement ne pouvait pas rester qu'à l'état d'un voeux. Depuis quelques mois, j'ai le sentiment que la réponse à ma question émerge graduellement et ceci grâce à un homme qui, parmi nous, m'est devenu intimement lié, depuis qu'il a commencé à me parler d'une expression qui est "le christianisme unitarien", dont je n'avais jamais entendu parler, en en me faisant découvrir des textes s'y rapportant. Cet homme s'appelle Alain Patrice Yengué. J'avoue qu'au début, nos discussions étaient nébuleuses et ne débouchaient souvent que sur le néant. Mais je lisais néanmoins tout et, aujourd'hui, je ne peux me passer de lire les documents que vous recevez. Je me suis rendu compte qu'il s'agit là d'une affaire qui mérite que l'on s'y intéresse sérieusement. C'est pourquoi, tout en restant catholique convaincu, je me retrouve aujourd'hui parmi vous et ce conformément à l'esprit unitarien.

Je voudrais partager avec vous ma propre lecture du cheminement que vous poursuivez, tout en signalant que je ne connais pas encore grand chose sur le christianisme unitarien et sur l'unitarisme en général.

Chers amis, Dieu, notre Dieu est unique, mais les religions sont multiples. Les grandes religions monothéistes l'adorent. Cependant au lieu de dialoguer, elles monologuent. Cette absurdité a engendré des cloisonnements si solidement bâtis sur du roc très pur, qu'il était impossible à mes yeux de les démolir par un effort humain. Si je ne suis pas victime d'illusion, j'ose affirmer avec force que, la démolition de ces cloisons est déjà amorcée grâce à unitarienne.

Les unitariens ne sont pas seulement chrétiens, ils sont aussi altruistes. Je m'en suis bien rendu compte. Ce qui me frappe de façon fulgurante, c'est que l'unitarisme est une tolérance qui tolère même l'intolérance. Voilà une véritable plate forme de dialogue que je ne qualifie pas d'interreligieux, mais d'interculturel. Je n'avais jamais su que la mondialisation dont on parle aujourd'hui sans cesse comportait aussi une dimension religieuse. Je n'y voyais visiblement que les facettes politiques et économiques. La mondialisation culturelle, je la voyais aussi, mais sans l'aspect religieux. Aujourd'hui, je suis ébahi de découvrir que la mondialisation religieuse existe elle aussi. C'est pourquoi, pour moi, unitarisme et mondialisation sont dans une certaine mesure interchangeables. J'entends par là la complémentarité entre les cultures en général et la coopération entre les religions, dont l'unitarisme s'est fait un cheval de bataille.

Cela dit, les grandes religions monothéistes, en l'occurrence l'islam, le christianisme et le judaïsme, devront jouer un rôle positif dans la solidarité internationale et dans leur respect mutuel pour promouvoir la justice et la paix au nom de leur foi. C'est dans cet ordre d'idées connexes que je me sens toujours convoqué dans la grandiose question que soulève Michel Lelong, ce prêtre et écrivain, celle de savoir "Comment Jérusalem Ville Sainte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans peut-elle être ville de paix et de réconciliation ?" La même question, je n'en puis douter, doit être passée au crible par les unitariens.

Je ne voudrais surtout pas terminer ma réflexion sans penser à l'Afrique noire. Nos pays sont aujourd'hui compartimentés à cause des apports de la civilisation occidentale. Ils seraient aujourd'hui beaucoup plus développés si l'Occident avait mieux reconnu leurs valeurs culturelles, sans les diaboliser, sans les mutiler.

L'unitarisme ne regrette-t-il pas aussi la destruction de ce patrimoine ? A mon humble avis, je crois que le christianisme unitarien nous encourage à exhumer nos coutumes éteintes et de les vivre avec beaucoup de tact, tout en regardant comme proche de nous l'homme Jésus. En conséquence, je voudrais vous exhorter de prendre, à l'unisson, votre bâton de pèlerin pour tâcher de promouvoir autour de vous cet univers chrétien. Mais le chemin est parsemé d'embûches, d'autant plus que vous êtes encore novices. Vous ne passerez pas facilement au travers des mailles de certains filets adverses. Armez-vous donc de courage ; travaillez et persévérez, la vérité triomphera d'elle-même. L'unitarisme est une clef d'ouverture sur le monde de demain.

J'allais oublier de dire que l'ambiance fut fraternelle tout au long de notre culte. "Tout nouveau, tout beau" dit un dicton : j'espère que nous n'en resterons pas là, que ce ne sera pas qu'un feu de paille, et que nous aurons, ensemble, des lendemains.