LIBRE PENSÉE CHRÉTIENNE
   octobre 2004

Qui est Dieu pour moi, aujourd'hui ?


Je ne sais pas si Dieu existe ! Je suis agnostique mais, agnostique croyante ( cfr : Vous avez dit : «Agnostique croyant ?» Libre Pensée Chrétienne n°1-mai 2003 ). Je crois en Dieu. Alors, que puis-en dire ? De Lui, sur Lui, je ne peux rien dire. Moïse l’avait déjà pressenti en écrivant dans la Loi : « Tu ne feras pas d’image de ton Dieu ». Pour moi, s’il ne peut y avoir d’image, tout ce que je pourrais dire ne fera pourtant que construire des images !

Durant mes jeunes années, j’avais une idée très précise de Dieu, je savais qu’il existait, j’avais la Vérité et je remerciais Dieu d’être née catholique, ce qui me permettrait si je le méritais de le rejoindre corps et âme à la fin des temps. Ces certitudes m’avaient été induites par mon éducation et me rassuraient. Toutes les images que mes parents, professeurs et lectures m’avaient données de Dieu, je les croyais justes, définitives et immuables. Petit à petit, je me sentis très mal à l’aise et très malheureuse de ne pouvoir, sans tomber dans le péché les remettre en question.

À l’adolescence, j’eus ma traversée du désert mais, je restais nomade en recherche d’un autre chemin pour arriver au même but. Je sentais que Dieu me collait à la peau et j’espérais le découvrir autrement, le connaître mieux. Et…arriva Vatican II !

Alors, mon histoire m’a entraînée à retraverser les écritures à la suite d’exégètes, de professeurs, de conférenciers, d’auteurs osant une parole libre. J’ai dû apprendre, en combattant un sentiment de culpabilité et, avec progressivement une joie de plus en plus profonde, à oser lire la bible avec une pensée libre. J’ai dû apprendre à oser manger la Parole, pour pouvoir la digérer, afin qu’elle devienne nourriture dans mon histoire. Car, en définitive, si je veux être moi, c’est bien ma conscience qui décide de mes refus ou de mon adhésion à la Parole.

C’est ainsi, qu’aujourd’hui, je dirais donc, en conscience, que Dieu m’est révélé par des hommes. Des hommes qui à l’origine appelle dieux, toutes les forces mystérieuses qui les dépassent et qu’ils ne peuvent contrôler. Plus tard, apparaîtra chez nos ancêtres dans la foi, la croyance en un seul Dieu. Cette évolution nous est racontée dans le récit mythique d’Abraham. Au fil du temps, la bible nous montre alors, différents hommes qui font des expériences spirituelles de Dieu. Nous constatons qu’une force les habite, une force qui les dépasse et les pousse à agir pour le bien de la communauté. Ces hommes nous révèlent Dieu à travers leurs expériences spirituelles. Les images qu’ils nous donnent de Dieu, les mots utilisés sont bien évidemment marqués par la culture et la cosmographie de leur époque. Dieu a le corps d’un homme et il habite dans les cieux.

À son tour, Jésus parlera de Dieu, en nous le révélant selon les critères et les traditions de son époque, mais tout en prenant une grande liberté par rapport aux enseignements du Temple. Il insistera sur la proximité de Dieu et sur toutes ses qualités d’amour pour l’humanité. En l’homme Jésus, va être rassemblées, toutes les images positives de Dieu, révélés par l’homme, tout au long de l’histoire. Jésus, cet homme extraordinaire sera justement appelé Fils de Dieu, lui qui vit en paroles et en actes de toutes les qualités de Dieu décrites par les auteurs bibliques. En Jésus, Dieu est reconnu.

Donc, je ne sais de Dieu, que ce que des hommes m’en disent. Et, cela m’intéresse. Je dois constater cependant que leurs histoires, leurs époques, leurs expériences spirituelles ne sont pas les miennes, mais que je les rejoins dans leur désir de recherche de Dieu. Aujourd’hui, des hommes et des femmes, par leurs actes et leurs paroles, sont toujours révélateurs de Dieu pour moi.

Mais non, je ne crois pas que Dieu est une personne. Je crois en une énergie spirituelle, une énergie d’Amour qui m’habite, une énergie qui est au plus profond de moi, une énergie qui me pétrit, une énergie qui déborde de moi. Je ne peux pas être moi-même sans elle, et, quand en toute liberté, je suis en union avec elle, c’est le Divin et l’humain qui communient et : l’Amour jaillit. L’homme a besoin de Dieu, mais Dieu a besoin de l’homme.

Pour moi, l’Amour, c’est Dieu et mon ami Jésus est mon chemin de Dieu. Le Dieu auquel je crois est universel, mais les chemins sont et resteront différents d’après les cultures et les époques.

Christiane Janssens, octobre 2004