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 Les chroniques



    Nadine de Vos

 

 

 

   

 


Histoire de faussaire

 

 

Jean-Paul est venu, Jean-Paul a souffert, Jean-Paul est mort. Seuls les martiens ne le savent pas. Quoi que ? Mais la parade est loin d'être terminée puisque la célèbre phrase a retenti sur toutes les ondes : "le pape est mort, vive le pape !", ce qui signifie que nous entamons le chapitre suivant, celui des cérémonies d'investiture ou d'intronisation, je ne sais pas trop ce qu'il faut dire dans ce cas.

Bien que j'aie scrupuleusement suivi les recommandations de ma voisine qui me disait que "si je n'aimais pas ça, je n'avais qu'à fermer le poste", il est impossible de passer au travers des mailles d'un filet qui se resserre à grand renfort de communiqués non vérifiés, servis tout écrits et tout prêts à diffuser, ce que s'empressent de faire de nombreux médias pour lesquels, information et déformation semblent devenus synonymes sous l'effet de l'audimat.

Presque contre ma volonté j'ai donc entendu que, selon AFP et Reuters, Benoît allait être au centre de toute une série de rites dont la visite à la tombe de Saint-Pierre "pour symboliser le passage de témoins entre le fondateur de l'Eglise et son 264ème successeur", la réception des insignes de sa fonction, etc.

Ce qui me surprendra toujours, ce n'est pas tant le décorum ou le faste démesuré attaché à ce genre d'exhibition traditionnelle – ce que j'appelle la poudre magique – mais le fait que, sans autre forme de procès, les médias prennent le relais dans cette longue histoire de faussaire.

Sans pour autant négliger les commentaires des rites symboliques qui font tellement plaisir au peuple – et tant pis si cela coûte un pont de cristal – il y avait là une belle occasion pour les journalistes de tout poil de justifier leur traitement, leur titre, leur rôle supposé, et de donner un petit cours général sur l'histoire du catholicisme et des moyens douteux qu'il a utilisés pour asseoir son autorité et son pouvoir : nombreux faux et falsifications en tous genres, attribution de fausses paroles à de faux saints faussement reconnus, faux insignes, fausse primauté spirituelle de l'évêque de Rome, vraie tombe mais fausses reliques, fausse donation de Constantin, faux Denys l'Aréopagite, faux miracles, fausses excuses, faux-semblants, faux-fuyants, fausse infaillibilité, sans oublier les faux derches et faux dévots… toutes ces fausses notes qui transforment une chanson qui devait être douce en une cacophonie inaudible et incompréhensible. La polyphonie dans la musique religieuse, mise au ban par le Concile de Trente, et les concerts rock bien profanes et pourtant décriés par le Grand Inquisiteur – de quoi va-t-il encore se mêler ? – sonnent comme des berceuses à côté de cette profusion d'accords dissonants.

Je ne peux m'empêcher de penser et de fredonner que du fond d'un faux puits, la vérité n'a pas beaucoup de chance de remonter… et de citer Jean-Paul II – tout arrive ! – qui déclarait le 19 septembre 1990 : "Les médias sont des instruments dont se sert le péché pour imposer à l'opinion publique des modèles de comportements aberrants."

Opinion publique, lève donc ta garde !

Je ne peux m'empêcher non plus d'avoir une pensée émue pour tous les simples artisans et partisans sincères de cette idéologie, de toutes les idéologies, qui ont été endoctrinés, trompés, trahis et qui ne méritent pas de faire partie du même sac et de figurer sous la même étiquette que tous les donneurs de leçons qui les ont manipulés. Pour tous ces subordonnés subornés que j'aime bien et que je respecte même s'ils me paraissent quelquefois bornés, il faudrait faire une chanson ou allumer une flamme.

Coda – une simple question : "Est-on pur avec des balances fausses et avec de faux poids dans le sac ?" (Michée 6, 11)

Nadine de Vos, 24 avril 2005