CORRESPONDANCE UNITARIENNE    novembre 2005

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n° 49

L'assemblée fraternelle des chrétiens unitariens en plein essor

Les chrétiens unitariens sont-ils en train de conjurer le mauvais sort ? Dans le contexte de la déchristianisation de l'Europe occidentale, les mouvements militants voient leurs membres actifs diminuer d'une façon drastique et se retrouvent concrètement à l'état de groupuscules ou bien n'arrivent pas à se développer. Fondée en 1986, et malgré les encouragements d'un Théodore Monod, l'Association unitarienne française, puis francophone, n'a pas échappé à ce destin ; les autres associations unitariennes existantes (Fraternité de Nancy, Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens, Associations unitarienne-universaliste Paris-Ile de France), n'ont guère fait mieux.

Toutefois, l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU), en s'appuyant en partie sur le réseau francophone "Correspondance unitarienne", vient de doubler rapidement ses effectifs, passant en un an de 15 cotisants à une trentaine, sans compter de nombreux sympathisants qui ne sont pas encore passés à l'acte. Elle comprend maintenant plusieurs fraternités locales, dont celle de Bordeaux, et est en partenariat étroit avec des communautés d'autres pays (en Italie, Burundi et Congo) qui utilisent ses statuts tout en conservant leur indépendance selon la logique congrégationaliste qui est la nôtre. Fraternités locales et partenaires sont représentés au conseil d'administration de l'AFCU dès lors qu'ils ont au moins cinq cotisants. En plus, l'AFCU a sollicité plusieurs personnalités connues pour leurs sympathies unitariennes afin qu'elles acceptent d'être membres honoraires. Par ailleurs, des membres bienfaiteurs apportent leur concours financier dont toute association a besoin pour son bon fonctionnement.

Au sein de l'unitarisme contemporain, l'AFCU contribue, avec ses partenaires et d'autres associations de même sensibilité, à développer un pôle chrétien, fidèle aux origines historiques de l'unitarisme et en pleine communion avec les Eglises hungarophones de l'Europe de l'Est fondées au XVIe siècle. L'enjeu est important car ces associations sont dépositaires d'un courant de pensée original au sein du christianisme, la théologie unitarienne, qui, par sa modernité, s'avère devenir une composante importante du christianisme de demain. En cela, elle n'est pas une association "en plus", pour le simple confort spirituel de ses membres, mais elle résulte d'un engagement responsable et militant pour promouvoir un héritage religieux, cultuel et culturel, à savoir une tradition au sens fort du terme.

Nous ne pouvons que saluer cette sortie de l'AFCU de l'état groupusculaire où sont malheureusement trop souvent confinée maintes associations de nos mouvances libérales, la mode étant plutôt à la dévotion de type pentecôtiste.

La Fraternité unitarienne de Bordeaux

Le lecteur l'aura constaté en lisant le bandeau de ce bulletin : la FUB, qui a toujours manifesté sa sensibilité chrétienne, a logiquement adhéré à l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) dès lors que celle-ci s'est révélée plus dynamique. Le bulletin, qui n'a jamais été le bulletin officiel de la FUB, ne sera pas non plus le bulletin "officiel" de l'AFCU. Il conserve son statut indépendant : géré par des chrétiens unitariens mais ouvert à toutes les sensibilités existantes au sein de l'unitarisme contemporain, dont bien sûr l'unitarisme-universalisme, et d'une façon générale aux mouvances de croyants libéraux et aux courants humanistes. La même logique préside à notre groupe de discussion "Unitariens francophones" (*) qui a actuellement 30 membres et où vous êtes très chaleureusement conviés Pour ces deux activités, le rôle des chrétiens unitariens a été d'affirmer la transparence de l'initiative et de garantir la liberté d'expression de toutes les sensibilités … y compris la sensibilité chrétienne ! Dans la Correspondance unitarienne et dans ce groupe de discussion, on ne parle pas que de Dieu et de Jésus, mais parler de Dieu et de Jésus est tout à fait normal pour des unitariens !
* (http://fr.groups.yahoo.com/group/unitariens_francophones/).

L'Association protestante libérale Théolib : les prochains rendez-vous

Les samedi 12 novembre à 16 h : "Du Traité des Reliques de Jean Clavin au problèmes des manifestations de la piété populaire", par Pierre-Jean Ruff ; 19 novembre à 16 h : "Dieu absent, Dieu caché ? dans la stratégie shakespearienne (Othello, Macbeth)" par Léone Teyssandier ; 10 décembre de 14h30 à 19 h (lieu à préciser) "La création", colloque Théolib avec Didier Fougeras, André Gounelle, Pierre-Yves Ruff, etc. Les réunions se font au CEREP, 86 rue de Gergovie, dans le 14ème, métro Plaisance ou Pernety (un code d'accès est nécessaire pour accéder à l'immeuble, pour le connaître : tél. 06 89 96 79 87 ou redaction@theolib.com).

L'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) vous propose ses cartes de vœux au prix de 15 euros les dix.
Elles sont diffusée par la "Correspondance unitarienne" (chèques à l'ordre de l'AFCU et adressés à Jean-Claude Barbier)

Libres propos

Ce n’est pas parce qu’on ne croit plus à la Trinité
qu’il faut jeter le bébé avec l’eau du bain !

par Alain Dupuis (Almería, Espagne)

Pourquoi en suis-je venu à m’intéresser à l’unitarisme ? Parce qu’à 62 ans, après un peu plus de 40 années passées à étudier, à réfléchir et méditer la foi que m’a léguée mon éducation catholique romaine, et à travers un long cheminement théologique et spirituel, j’en suis venu peu à peu à la certitude que la longue tradition dite chrétienne avait probablement fait, très tôt, fausse route sur quelques points essentiels concernant la compréhension de ce monde, de l’homme, du divin et concernant la vraie nature et la vraie portée de l’événement “ Jésus ” dans l’aventure de notre humanité. En effet, qu’on le veuille ou non, qu’on s’en défende ou non, le corpus doctrinal de toutes les Églises historiques repose sur 3 ou 4 points aujourd’hui plus que problématiques :

1/ le mythe biblique de la Chute originelle pris naïvement au pied de la lettre par nos lointains (et plus proches) pères dans la foi. On sait aujourd’hui que dans l’histoire de notre cosmos et celle bien plus courte de notre espèce il n’y a place pour aucun paradis perdu, ni pour aucune chute de l’espèce humaine d’un état supposé idéal à un état de “ déchéance ” chronique et encore moins héréditaire. Cette lecture erronée et naïve des écritures juives à engendré une anthropologie et une relation au “ divin ” catastrophiques, dont nous et nos Eglises, plus ou moins selon les traditions, subissons encore les désastreuses séquelles. La vision d’une humanité au passé honteux, à l’avenir irrémédiablement hypothéquée, et celle d’un dieu rabaissé au rôle de “ chef suprême du Contentieux ” : qui peut encore croire à cette mythologie cauchemardesque ?

2/ La doctrine centrale professée par l’ensemble de la chrétienté historique, et qui découle de ce qui précède : la Rédemption de l’humanité pécheresse et déchue “ par le sang de la croix ”. L’anthropologie naïve de l’ “ homme déchu ”, et l’idée d’un dieu chef-comptable ne tenant pas la route, la nécessité d’un quelconque “ rachat ” de ce même homme ne tient pas plus debout....et il n’échappe désormais à personne qu’un dieu qui demanderait “ satisfaction ” au prix d’un supplice et d’une mise à mort aussi atroce que celle de la crucifixion à la mode romaine pour se réconcilier avec l’humanité ne serait qu’une épouvantable idole ! D’autant que, bien sûr, la condamnation à mort d’un obscur petit prophète galiléen sous le règne de Tibère, ce “ sacrifice ”, ce “ don de sa vie ” de la part du Nazoréen à bien peu de chance de “ satisfaire ” la justice divine qui a un énorme compte à régler avec l’ensemble de l’humanité, passée, présente et à venir. Pour qu’un tel scénario puisse être un tant soit peu vraisemblable, dans cette nouvelle mythologie, il faut que la victime soit à la hauteur de la mission ; il convient donc que la dite “ victime ” soit de “ rang ” divin !

3/ La doctrine selon laquelle le petit prophète galiléen ne serait pas seulement une victime humaine banale, ordinaire, comme tous ceux que Rome crucifiait alors tous les jours ( sans aucun autre souci que le “ maintien de l’ordre ”) mais La victime d’essence divine choisie par Dieu, va, dès lors, commencer une brillante carrière. Si dans l’entourage de Jésus et dans les premières années du judéo-christianisme naissant rien ne laisse penser que le Galiléen fut considéré autrement que comme un homme ordinaire (pour certains, un “ fils de Dieu ”, au sens d’un homme plein de Dieu, pour d’autres, un fou, ou un possédé) “ né d’une femme ”, et d’un maître charpentier, avec des frères et soeurs nombreux que tout le monde connaît, quelques décennies après sa disparition, c’est une autre affaire ! S’installe une “ légende dorée ”, une tradition, nourrie d’un bric-à-brac de réminiscences et de pseudo références bibliques, de croyances populaires, et de spéculations métaphysiques et théologiques qui font, peu à peu, du rabbi crucifié à l’âge de 37 ans, un extra-terrestre tombé du ciel, né miraculeusement, d’une vierge-mère ensemencée par le “ souffle divin ”. Le tout se déroulant dans une succession d’événements où le symbolique le plus appuyé le dispute au merveilleux le plus savamment construit.

Légende dont, visiblement, Paul n’a jamais entendu parler, dont la “ tradition ” primitive, jusqu’à la rédaction dite de Marc, n’a pas connaissance, et dont on ne trouve pas trace dans les “ discours ” apostoliques des Actes. Mais Paul, dans son exaltation mystique pour ce personnage qu’il n’a jamais connu et dont l’histoire réelle, ni l’enseignement, ne semblent l’intéresser, n’aura pas peu contribué à déshumaniser complètement son messie galiléen, pour en faire un personnage désormais transcendant, partageant avec Dieu la clé d’une Histoire d’ailleurs vouée à une fin imminente...qui n’a toujours pas eu lieu ! L’oubli du monothéisme pur et dur de Jésus et de son peuple, le contact croissant du judéo-christianisme naissant avec la culture grecque et les religions à mystères ne fera qu’accélérer le processus de divinisation du prophète crucifié. Du Logos fait chair de la mouvance johannique tardive, au subtile mais compliqué montage trinitaire (où la notion très juive de “ fils de Dieu ” est complètement dévoyée), ce n’était plus qu’une question de temps ....et de mise en place d’instances “ doctrinales ” d’autant plus puissantes et délirantes qu’elles se pensaient infaillibles.

Bref ! J’en suis arrivé, comme beaucoup d’autres, à considérer que le discours officiel, le “ dogme ” de nos Eglises, le montage anthropologique, théologique, sotériologique et christologique sur lequel il repose est gravement erroné. Mais, qui plus est, ce discours, ce message, voire ces pratiques, loin d’ouvrir aux hommes la voie que Jésus inaugurait, les en écarte. En effet, le monde présenté dans ce discours n’est pas le monde tel qu’il est, et tel qu’il s’offre à l’expérience et à l’initiative humaine. L’homme présenté dans ce discours n’est pas l’homme tel qu’il est - ce mystère de vie intelligente émergeant laborieusement de la pure matière et de la simple animalité. Le dieu présenté dans ce montage grotesque n’est pas le dieu dont Jésus se sentait aimé, habité, nourri, qu’il invitait à rencontrer dans le silence et le secret de la prière, et en qui il invitait à risquer une confiance absolue. Ce Jésus idolâtré, se substituant quasiment, dans une nouvelle “ religion ”, au dieu dont il voulait témoigner, lui qui dénonçait sans cesse sa propre “ religion ” comme un obstacle entre le coeur des hommes et celui de Dieu, et entre les hommes, ce Jésus-là n’est pas l’homme de foi manifesté vivant après sa mort infamante, sceau apposé par Dieu sur la vérité de cette foi-là et de ce chemin d’homme là ! Tout me porte à croire que le rabbi Jésus n’a jamais, au grand jamais, demandé qu’on croit en lui, mais seulement supplié qu’on croit en Dieu (et en l’homme) comme lui-même y croyait.

Quant à L’Esprit, il n’aurait sans doute jamais dû cesser d’être, selon la sage tradition biblique, ce mode de présence du Dieu absent, au coeur du monde, des hommes, des “ saints ”, à commencer par celui de l’homme Jésus.

Dans cette perspective donc, si je m’intéresse à tout courant de pensée qui tend à remettre l’événement “ Jésus le Nazôréen ” dans une plus juste perspective, il est naturel que je sois intéressé par cette tradition de non-adhésion au montage dogmatique trinitaire, refus qui a, grâce à Dieu, traversé les siècles. Ici, en Andalousie, on a coutume d’évoquer l’exceptionnel dialogue entre “ chrétiens ”, juifs et musulmans au cours des huit siècles de domination arabe. On oublie un peu trop que la “christianisation ” de ces régions avait été opérée par les troupes de rois wisigoths, eux-mêmes ariens. Le Jésus andalou était peut-être beaucoup moins éloigné des conceptions juives et musulmanes de l’ “ homme de Dieu ” que celui enseigné à Rome.

Cela dit, si je crois à l’urgente nécessité d’une “ remise à plat ” de la part des Eglises, de toutes les Eglises, sans exception, concernant le contenu de nos “ croyances ” et concernant ce dont nous devrions réellement vivre et témoigner, je ne crois pas que cela autorise tout et n’importe quoi ! Les deux écueils mortels entre lesquels il nous faut impérativement naviguer pour arriver vaille que vaille à un paysage renouvelé sont, d’une part, le repli sectaire et l’atomisation en groupuscules de soi-disant “ purs ”, ou, d’autre part, la dilution dans le consensus mou de spiritualités aussi fantaisistes et vagues que subjectives. Il ne s’agit pas pour moi d’être “ unitarien ” pour être unitarien, pour se réunir entre unitariens qui se feraient plaisirs à se compter et à commémorer en choeur quelques lointains ancêtres en but aux persécutions des “ orthodoxies ” du temps. Il ne s’agit pas pour moi, non plus, et surtout pas, de renoncer à tenter de connaître, aimer, servir et “ dire ” (autant que faire se puisse) le Dieu dévoilé en Jésus et par Jésus, pour me contenter de flotter “ emporté au vent de n’importe quelle doctrine ” dans un irénisme béat.

Je ne doute pas que pour Jésus, trente années de recherche, de doutes, de prière, de méditation assidue des enseignements de sa “ tradition ” et de ses maîtres, d’expérience humaine et spirituelle n’ont pas été de trop pour se libérer lui-même d’un dieu-idole, pour toucher enfin au Dieu vivant, et pour oser, seulement alors, tenter de libérer ses frères de l’idolâtrie, et leur dévoiler un visage nouveau de Dieu. Il ne suffit pas de se réunir tous joyeusement au son d’“ embrassons-nous Folleville ! ” pour que le “ Royaume ” surgisse comme par un coup de baguette magique. Croire comme Jésus, dans le même dieu que lui, c’est aussi tenir fermement en faisant face aux pouvoirs, politiques, économiques et religieux, au nom d’une vérité que l’on porte dans sa chair, et non pas de les “ oublier ” ou de les esquiver au nom d’un consensus mou et d’une vague spiritualité du “ peace and love ”.
Alors, “ unitariste ”, moi ? Non. Disciple de Jésus, héritier d’une tradition ecclésiale - qui ne m’a pas légué que de l’inconsistance, comme pour Jésus sa propre tradition - et cherchant en moi et dans les autres la présence qui habitait Jésus.

Alors, “ post-chrétien ”, moi ? J’aimerais bien qu’on m’explique ce que ça veut dire....Mais si ça veut dire que toute la tradition spirituelle, toute la réflexion, toute l’expérience, l’engagement, le combat, les traits de lumière fulgurants de milliers de chercheurs de Dieu et d’amoureux des hommes à en mourir, mais aussi toutes les scories de 2000 ans de cheminement de ceux qui se réclament de Jésus et de son dieu, que tout ça est à jeter aux poubelles de l’histoire, on serait alors dans cette illusion naïve que le monde est apparu avec notre petit moi.

Voilà... J’ai essayé de faire le point et de me situer par rapport à cette dissidence que je revendique, sans pour autant vouloir me sentir membre d’aucune secte de “ purs ” qui auraient découvert l’oeuf de Colomb théologique, ni renoncer au riche héritage des siècles.

Alain Dupuis est un laïc né catholique et se présente comme un modeste "chercheur de Dieu" après quelques années d'études théologiques, de fréquentation de diverses communautés religieuses (dont celle de Taizé dans les années 50), d'activités humanitaires au Pérou, de 25 ans d'enseignement "milti-carte" doublé d'animation spirituelle auprès des élèves. Actuellement "un peu ermite", méritant sa retraite au soleil de l'Andalousie. Il est membre de notre réseau. Nous lui souhaitons un bon itinéraire spirituel.