retour petite gazette
 Les chroniques



    Béatrice Spranghers

 

Introduction et notes
de Jean-Paul SORG

Éditeur :
Jerôme Do. Bentzinger
8 rue Roesselmann. Colmar (F)

 

   

 


Albert Schweitzer, Hélène Bresslau
Correspondance 1901-1905
L’amitié dans l’amour

 

 

En quoi l’absence de technologie n’est pas faite pour nous déplaire.
Si Albert Schweitzer et Hélène Bresslau avaient disposé de téléphone, portable, courriel, nous n’aurions pas le privilège de pénétrer dans leurs confidences.
En ce début du XXe siècle, ces deux êtres d’exception liés à la vie à la mort, dialoguent par correspondance. Ce volume rassemble pour notre plus grand bonheur 148 lettres et billets échangés entre 1901 et 1905 (un second devrait suivre couvrant la période 1906-1913).

A.S. et H.B. se sont rencontrés à une fête de mariage. Pas de coup de foudre, non, ce n’est que très progressivement qu’une très forte amitié se construit entre eux, puis s’amplifie avec la majesté d’un torrent. 

Un rendez-vous inoubliable, le 22 mars 1902, où ils sont seuls quelque part dans la forêt du Rhin, illumine définitivement leur relation.

« Lorsque je t'ai vue arriver sur notre chemin, ce jour du 22 mars, alors qu'un rayon de soleil perçait les nuages, j'ai su tout de suite qu'un événement se produisait dans ma vie. Mais jamais je n'avais rêvé à tant de soleil.»

Ils se confient l'un à l'autre, se découvrent un accord profond, indéfectible et inventent une amitié amoureuse libre et vertueuse avec l'engagement de toujours se soutenir mutuellement. Il n'est pas donné à chacun de rencontrer l'âme sœur. Ces deux-là sont bien conscients de leur privilège.

Albert Schweitzer a 26 ans quand il écrit sa première lettre à Hélène. Elle en a 22. Au fil de cet échange de conversation épistolaire franche, loyale, confiante on découvre A.S. avec toutes ses espérances, sa fragilité parfois, son assurance aussi.

Hélène Bresslau, plus discrète mais néanmoins volontaire, se cherche comme lui. Elle le conforte, le soutient.

A.S. est déterminé à ne pas vivre égoïstement pour lui. Il se veut généreusement au service d'une cause humanitaire. Il ne sait pas encore que cette haute aspriration le conduira à Lambaréné.

« Je ressens le besoin de donner ce que j'ai en moi et de me perfectionner à travers une grande action désintéressée.
...
Pour le moment, attendons que cet esprit, cet être mystérieux que l'on nomme Dieu veuille bien m'éclairer et me guider, moi, le plus hérétique de ses prêtres.» (21/12/1904)

Malgré un emploi du temps très chargé - il écrit, compose, donne des cours, des concerts, prêche - A.S. s'octroie des moments d'immersion dans la nature dont la beauté l'émerveille.

Il parle à "son arbre"; médite sur "son rocher" (au-dessus de Gunsbach), et se ménage des moments de sérénité pour écrire à son amie.

« Si je ne me faisais pas violence, je te parlerais toute la nuit devant cette feuille.»

Il s'agit donc d'une histoire d'amitié dans l'amour, d'amour dans l'amitié, comme l'écrit Jean-Paul Sorg dans sa préface, où chacun exprime à l'autre sa profonde gratitude d'être ce qu'il est. C'est très beau.

Merci à J.-P. Sorg de mettre ses passionnantes archives à notre disposition, de nous permettre d'accéder à ces feuillets qui racontent la genèse d'un grand amour et celle d'une grance vocation.

 

Béatrice Spranghers, Lillois le 8 novembre 2005